Critique de Les Mondes de Ralph

      Dans Les Mondes de Ralph, les studios Disney ont l'idée de rendre vivants les personnages en tous genres qui peuplent les jeux vidéos, leur faisant mener une existence pareille à celle des humains (dans un univers parallèle au notre). Chargés d'exécuter les commandes des joueurs, les parties de jeu constituent leur activité professionnelle. Mais aussitôt que la salle d'arcade où ils exercent est fermée, ils vaquent à leur vie personnelle. Si par malheur un jeu est "débranché", parce qu'il est tombé en panne ou parce qu'il est passé de mode, les voilà chômeurs et SDF!

 

      Cette civilisation du ludisme, à vocation manichéenne, se subdivise en gentils et en méchants, et le scénario se focalise en particulier sur l'un de ces derniers, Ralph-la-casse, qui, comme son nom l'indique, a pour fonction de démolir tout sur son passage. Après le boulot, il se retrouve tout seul, car il terrorise les habitants du jeu auquel il participe, alors que son collègue Félix-le-maçon, qui se charge de réparer les dégâts, en est la mascotte. Ralph, qui n'est pas un vilain bougre au fond, souffre de sa mauvaise image et de l'ostracisme dont il fait l'objet, en dépit des séances chez les "Méchants Anonymes". Un jour, flouant les contrôles policiers, il décide de franchir les frontières pour concourir à d'autres jeux en vue de décrocher une médaille et d'obtenir la reconnaissance des autres.

 

      Les pérégrinations de Ralph permettent aux Studios Disney d'imaginer de fabuleux paysages artificiels. Après un court passage dans un jeu de combat féroce, nous passerons la majeure partie du film dans un royaume de sucrerie prodigieusement féérique, décor d'un jeu de karting, qui en fera saliver plus d'un (pour endurer ce spectacle,mieux vaut d'ailleurs apporter de quoi grignoter). Les Mondes de Ralph, c'est bien sur aussi l'occasion de mettre en scène des personnages hauts en couleur, nous faisant ainsi revisiter 40 ans de jeux vidéo, des primitifs Pac-man aux guerriers haute définition, au travers de scènes souvent cocasses.

 

      De tous ces personnages mémorables cependant, aucun n'a autant de charme que la petite Vanellope. A l'instar de Ralph, elle est rejetée par son entourage: c'est un "bug" du programme, et en raison de ses ratés, on fait tout pour l'évincer des courses automobiles, de crainte qu'elle rende le jeu impopulaire. Tout au long du film, la truculente fillette nous ravit avec son franc-parler et son espièglerie. Elle et Ralph, conjuguant leurs forces pour conjurer le sort, vont enfin découvrir leur valeur.

 

      Même si on se doute bien que les deux parias vont parvenir à leurs fins, le scénario est rondement mené, avec de nombreuses trouvailles et moult péripéties, exploitant les ressorts du jeu vidéo tels que bonus, médailles, mais aussi bugs et virus. Dans le ton du conte de fées, le film tourne au grotesque lorsque Disney va jusqu'à faire de Vanellope une princesse (serait-ce pour mieux plaire aux petites filles effarouchées par les manières garçonnes de l'héroïne?) qui nous tient un discours sur la démocratie! Mais au-delà du merveilleux et de l'aventure, ce film d'animation est aussi un parcours initiatique qui explore la problématique de l'estime de soi. Ralph y fait l'apprentissage de ses mérites, découvre qu'une vraie amitié peut vous combler mieux qu'une large popularité, et comprend enfin qu'il n'y a pas de sot métier!

3.5

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