Critique du film "Star Trek Into Darkness"

 

2009. J.J. Abrams crée la surprise avec son reboot de Star Trek, formidable épopée spatiale aussi vivifiante et surprenante que respectueuse de son imposant univers. Un film qui permit en outre à Abrams d’acquérir une véritable légitimité pour le public en tant que réalisateur à part entière. Aujourd’hui, après un tour du côté de chez Spielberg et en attendant de le voir reprendre les rênes de l’un des plus grands empires du cinéma, J.J. Abrams revient à Star Trek. Mais peut-il de nouveau réitérer l’exploit inattendu de 2009 ? 

 

Débutant in medias res dans une jungle extraterrestre aux couleurs explosives recrée grandeur nature et transformant la montagne Paramount des Indiana Jones en un volcan menaçant, l’ouverture du film rend aussi bien hommage à James Bond qu’elle nous ramène aux scènes pré-génériques de série télé. Une comparaison pas si anodine car le film s’évertuera à ramener certains éléments du monde des séries dans le cadre cinématographique. Une note d’intention en tout point cohérente tant les origines télévisuelles de Star Trek sont prégnantes (mais nous y reviendront plus tard). Quoi qu'il en soit, il ne faudra que quelques plans et trois notes de musique pour se sentir en terrain connu et retrouver la douce euphorie ressentie à la découverte de cet univers il y a 4 ans. Le style d’Abrams imprègne de nouveau la pellicule, mais cette fois-ci de manière beaucoup plus ample, beaucoup plus maitrisée. D’un découpage laissant les acteurs évoluer dans le cadre aux mouvements de caméra faisant preuve d’une gestion de l’espace remarquable, le cinéaste démontre qu’en 4 ans il aura réussi à réparer ses erreurs de jeunesse et fait preuve d’un talent indéniable. Une mise en scène à la fois fluide et en même temps plus heurtée et viscérale que les canons hollywoodiens actuels. Une  « mise en scène du ressenti » qui pourrait se montrer ostentatoire mais où chaque élément tend à décupler les sensations et ne se contente pas de l’esbroufe illustrative que l’on pourrait craindre, comme ce travail de l’image allant jusqu’au grain donnant un cachet incontestable et contrastant avec l’aspect propret que pourrait avoir cet univers si clinquant.

 

L’équipe de Lost en profite donc aussi pour ramener Star Trek à ses origines télévisuelles par le biais du traitement accordé aux personnages. Comme s'il s'agissait d'une nouvelle saison, nous explorons des aspects encore inédits de chacun d'eux. Qu'il s'agisse d'un souvenir, d'une action, d'un mot, leur background se retrouve approfondi et la galerie de personnages de gagner une densité qui rend cette suite complémentaire dans l'évolution logique de tous les personnages. Si le premier opus avait su habilement les caractériser et créer une véritable empathie pour ces derniers, ils sont ici poussés dans leurs retranchements. Chaque acteur bénéficie de la scène permettant à son personnage d’exister comme un être à part entière. Si tous se révèlent encore une fois à leur aise, Chris Pine prouve de nouveau qu’il a l’étoffe des plus grands et compose un Kirk aussi iconique, attachant que torturé. Un véritable « héros » de cinéma qui donne à lui seul l’envie de découvrir de nouvelles aventures. Mais l’autre grande surprise provient du génial Benedict Cumberbatch qui, par la simple force de son regard et de son phrasé, offre un personnage fort et complexe à l’aura quasi mystique. Se nourrissant de chaque scène d’action ou d’élément fort du scénario comme d’un vecteur émotionnel les poussant à agir, à se confronter, à s’aimer, l’équipe de l’Enterprise se retrouve être le cœur du film, donnant aux enjeux un intérêt humain comme peu de blockbusters réussissent à le faire aujourd’hui.

 

Une direction plus humaine que l’on retrouve même dans la surprenante narration du film, étonnamment loin de proposer quelque chose de « bigger and louder » par rapport au premier épisode, objectif pourtant obligatoire pour toute suite qui se respecte. Qu’on ne se méprenne pas, Star Trek Into Darkness regorge de scènes d’actions dantesques étayées à un rythme métronomique dont l’ampleur et la force trouvent un brillant écrin dans la musique de Michael Giacchino. Atteignant des envolées lyriques et épiques comme lui seul en a le secret, contrastant avec les sonorités routinières de la plupart des blockbusters d’aujourd’hui, il se révèle pour qui ne le savait pas comme l’un des plus grands compositeurs actuels. Des scènes d'actions bénéficiant là encore de la présence des personnages qui impliquent le spectateur et jouent de la crainte de les voir périr ou échouer, rendant chacune de ces scènes émotionnellement fortes et retrouvant par moment leur statut de cliffhanger comme une succession de miniclimaxes aussi jouissifs que tendus.

 

Toujours généreux, parfois même jusqu’à l’excès, le film révèle ses surprises au compte-goutte et joue constamment sur l’attente et la délectation du public. Une mécanique qui trouve parfois ses limites dans l’apparition de deus ex machina ou de facilités et une propension aux allers-retours pas toujours très heureux qui peuvent décevoir tant le reste fait preuve d’un soin et d’une qualité rare. De même que le film peut laisser sur le carreau ceux qui ignorent tout de la mythologie trekkienne, comme avec ce twist capital arrivant à la moitié du film pouvant faire hurler de plaisir certains fans et laisser de marbre les novices. Un regret tant le premier opus réussissait à ménager habilement fans et grand public. Des défauts, certes, mais qui ne gâchent en rien le plaisir éprouvé à la vision du film. Star Trek Into Darkness est à la hauteur des attentes les plus folles. Un grand film de science-fiction qui titille aussi bien la rétine qu’il n’emplit le cœur d’un véritable amour pour ses personnages. Du blockbuster généreux et sincère, n’ayant pas peur de prendre des risques, et absolument indispensable à une époque où Hollywood semble se perdre dans une volonté de réalisme et d’illustration politique et sociale dont Abrams semble n’avoir que faire, préférant se satisfaire d'une candeur (mais jamais naïve) et laisser le spectacle (visuel et émotionnel) primer sur tout le reste. Nous sommes bien au cinéma.

Critique du film "Star Trek Into Darkness"

( Sortie cinéma : 12 juin 2013)
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Un film de : Productions :
Paramount Pictures, Bad Robot, Skydance Productions, Kurtzman/Orci
Scénario : Avec : Durée :
02h09

Titre original :
Star Trek : Into Darkness

Compositeur :
Budget :
$ 185 000 000

Box-office mondial :
$ 465,362,233

Classification : ---
Pays :
Etats-Unis

Saga :
Synopsis :

Quand l'équipage de l'Enterprise revient à la maison, ils découvrent qu'une force inarrêtable et terrifiante au sein de leur propre organisation a fait exploser la flotte et tout ce qu'elle représente, laissant la terre en pleine crise. Pour le Capitaine Kirk, il s'agit d'une affaire personnelle et il part en pleine zone de guerre pour capturer un homme aux pouvoirs de destruction massive. Alors qu'ils se lancent dans une épique partie d'échecs pouvant les conduire à la mort, l'amour sera mis au défi, l'amitié sera détruite et des sacrifices devront être faits afin de permettre à Kirik de sauver la seule famille qui lui reste : son équipage.

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