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Critique du film "Flight"

Une critique rédigée par Jordan K le mer, 16/01/2013 - 02:02
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     « Qu’est-ce qu’un vrai héros ? » Après avoir ausculté, démonté puis rebâtit le mythe du héros avec son magnifique Beowulf il y a quelques années, Robert Zemeckis se repose cette même question qui avait déjà guidé une partie de sa filmographie (Marty McFly, Forrest Gump…). Cette fois-ci ce « héros » prend les traits d’un pilote de ligne qui réussit à éviter le pire à ses passagers après un problème technique en faisant atterrir en catastrophe son avion… à l’envers !  D’abord salué comme un héros, ses analyses sanguines vont démontrer qu’il avait une grosse quantité d’alcool (et de drogue) dans le sang le jour du crash.

 

     Débutant de la façon la plus étrange possible, au détour d’un plan de nu dont le cinéaste nous avait pourtant rarement habitué, Flight met le spectateur en garde dès le début. Après plus d’une décennie passée à tenter de faire évoluer les techniques cinématographiques au détour de films en performance capture plus ou moins destinés à un public jeune et ayant rarement réussis à fédérer comme elles le devaient (pourtant, sans lui, le Avatar de Cameron aurait bien eu du mal à exister), Robert Zemeckis revient avec un film sans genre défini mais au budget réduit (moins de 30 millions) et classé R. De la provocation il y en aura dans ce Flight de 138 minutes qui n’hésitera jamais à être over-the-top et se positionne en contrepied évident au mélodrame à oscar attendu.

 

     Mélodrame ? Car bien sûr le fameux crash n’occupe que la première partie du film. Après une introduction planante à souhait remarquable d’énergie et un embarquement immédiat, Robert Zemeckis montre qu’il n’a rien perdu de sa maîtrise en ce qui concerne le langage cinématographique et livre une scène de crash hallucinante, presque constamment filmée à l’intérieur du cockpit et qui joue subtilement d’effets de découpage et de cadrage pour provoquer une réaction physique chez le spectateur. Un passage éprouvant qui à la fois conclut une introduction dense et insaisissable et ouvre le récit principal du film.

 

     Ce qui intéressera le cinéaste ici est bien entendu les errements humains de cet étrange personnage, orgueilleux et alcoolique, qui traine son spleen avec une réelle légèreté contrastant avec le poids qu’il porte sur lui, une figure à la fois détestable et estimable qui s’avère être l’un des plus beaux rôles de Denzel Washington. Evoluant grâce à une poignée de personnages qui lui donnent corps (tous campés par des acteurs investis, mention spéciale pour la justesse de Kelly Reilly), il questionne constamment la morale du spectateur en se tachant bien de ne jamais trancher et de laisser ce dernier se dépêtrer dans cette succession d’actions aux motivations ambiguës. Allant parfois très loin et faisant preuve d’un humour noir salvateur (voir le traitement accordé à la religion et à la drogue), le film est constamment sur la corde raide et jouit d’une liberté de ton qui explique sûrement sa difficulté de financement. En outre, le scénario de John Gatins est véritablement habile, alternant les niveaux de lecture avec une facilité déconcertante et démontrant par la même un évident talent dans l’art des dialogues.  Il est ainsi dommage de voir Robert Zemeckis et son scénariste flancher curieusement à 10 minutes de la fin pour retourner vers quelque chose de plus éthique et créant ainsi une rupture avec ce qui a été fait précédemment. Mais n’est-ce pas là encore un jeu du cinéaste, son ultime provocation, qui nous aura fait croire jusqu’au bout qu'il avait choisit la voie de l'insolence ? En étant audacieux et ludique, montrant le pouvoir de persuasion d'un cinéaste sur ses spectateurs, il se livre finalement et laisse Denzel Washington, face caméra, faire montre une dernière fois de l'étendue de son talent pour devenir une sorte...de héros.

 

     Avec son casting 5 étoiles, sa bande son rock 70’s (on y entend bien sûr les Stones, mais aussi les Red Hot, Joe Cocker et les Beatles), sa mise en scène et son montage dynamique (des ralentis flamboyants et des mouvements de caméra qui prouvent qu’à 61 ans Zemeckis peut en remontrer encore à beaucoup d’autres), Flight aura réussi le pari de remettre en selle un cinéaste quelque peu oublié alors qu’il fut autrefois adulé (s’établit là un parallèle évident avec le personnage principal). Une erreur qui devrait bien vite être rétablie et permettre au cinéaste de continuer ses folies grâce au succès public et critique mérité du film qui, malgré une certaine longueur menant à une légère baisse de rythme en milieu de métrage, est une incontestable réussite qui prouve la vitalité du cinéma américain dans l’art de se renouveler dans des genres pourtant balisés. L’année commence décidément très bien !